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Clesinger-Femme piquee par un serpent

Lorsqu’Auguste Clésinger, né le 22 octobre 1814, il y a 199 ans aujourd’hui, présente au Salon de 1847, ce marbre grandeur nature intitulé Femme piquée par un serpent  (1847, musée d’Orsay), le scandale est immense. Cette femme nue allongée sur un lit de roses, la tête renversée en arrière, la poitrine offerte choque le visiteur du Salon et je dirai qu’on les comprend presque ! On se demande comment une œuvre aussi suggestive a pu parvenir à être admise au Salon en ces temps d’académisme où tout est sujet à polémique…

La jeune femme n’est, de toute évidence, pas en train de succomber à la morsure d’un serpent. Ce dernier, enroulé autour du poignet de la belle, à peine plus gros qu’un ver de terre, a l’air bien inoffensif. Il est à peine visible et est utilisé par Clésinger comme un alibi. Le spasme de douleur s’apparente, en réalité, plus sûrement à un spasme de plaisir… La Revue des deux Mondes ne s’y trompe pas et s’insurge : « le titre et le serpent sont des concessions faites au jury ! De qui se moque-t-on ! Cette femme ne souffre pas, elle jouit ! »

Cette sculpture est une commande d’un riche collectionneur, Alfred Mosselman, qui souhaitait immortaliser sa très jolie maitresse âgée d’à peine 25 ans, Apollonie Sabatier. Pour la réaliser, Clésinger n’a pas hésité à mouler le corps de la jeune femme. Sa statue n’a donc pas un corps idéalisé comme celui des nus antiques, c’est un « vrai » corps de femme, comme en témoigne la cellulite à l’arrière des cuisses, le ventre rond ou les bourrelets au niveau des hanches. Le réalisme de ce corps accroit encore le caractère scandaleux de l’œuvre. Afin de ne pas trop en rajouter quand même, Clésinger accepta de ne pas donner à la jeune femme les traits d’Apollonie Sabatier. Son visage est remplacé par celui, peu expressif, d’une beauté idéalisée.

Clésinger est un sacré bonhomme avec un caractère impétueux et provocateur. Apollonie son modèle et, dit-on son ex-maîtresse, est elle aussi une personnalité étonnante, une demi-mondaine, libre qui se moque des conventions, « une belle femme un peu canaille » comme la décriront les frères Goncourt. Lorsque Clésinger obtient cette commande, il saisit l’occasion pour se faire remarquer en provoquant un tollé, ce qui ne déplait pas non plus à la jeune Apollonie.

Ce que l’on mesure moins aujourd’hui, c’est que la technique utilisée par Clésinger choqua au moins autant que le sujet de son œuvre. L’utilisation du moulage sur nature est violemment mise en cause par les commentateurs de l’époque. Elle leur apparaît comme malhonnête car elle ne nécessite aucun talent ni travail de la part du sculpteur. Delacroix dira de façon méprisante de cette œuvre qu’elle n’est qu’ « un daguerréotype en sculpture » !

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