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Jordaens - Les quatre Evangelistes

Jacques Jordaens est mort le 18 octobre 1678, il y a 335 ans aujourd’hui. Voici l’occasion de parler de ce grand peintre et de la très belle exposition du Petit Palais (actuellement et jusqu’au 19 janvier) qui lui rend hommage.

Jordaens (1593-1678) est aujourd’hui injustement éclipsé par ses deux contemporains, Rubens (1577-1640) et Van Dyck (1599-1641). Rubens serait un génie, humaniste, diplomate et voyageur, Van Dyck un artiste précoce et surdoué, portraitiste des rois et de la noblesse et Jordaens, un bourgeois pas très intellectuel, joyeux et hédoniste, suiveur du grand Rubens. L’exposition du Petit Palais tente de sortir Jordaens de cette image caricaturale dont on l’a affublée. Jordaens est en réalité un homme riche, un véritable homme d’affaires dont la clientèle compte des bourgeois mais aussi des nobles. Il n’a certes pas fait de voyage en Italie, mais il est cultivé et fin connaisseur de l’art antique et italien, influencé par Caravage et les peintres vénitiens. Autre erreur corrigée récemment, pour le rendre plus « flamand », on le prénommait volontiers « Jacob » depuis le XIXe siècle mais il s’appelait et signait ses tableaux « Jacques Jordaens ».

La meilleure période de Jordaens se situe dans les années 1620. Les quatre Évangélistes (vers 1625, Louvre) est l’un des chefs-d’œuvre de cette période. Avec ce tableau, Jordaens fait un choix iconographique très novateur : il dépouille les quatre évangélistes de leurs attributs séculaires et leur confère un aspect rude et plébéien. Ce parti-pris dérouta plusieurs générations d’historiens d’art qui hésitèrent longtemps à se prononcer sur le sujet de ce tableau. Certains crurent reconnaître Jésus parmi les docteurs du Temple ou les quatre docteurs de l’Eglise. Il existe aujourd’hui un consensus pour identifier les personnages de ce tableau comme les quatre Evangélistes. Cependant, l’identification de chaque personnage, à l’exception de saint Jean qui ne peut être que le jeune homme vêtu de blanc, reste problématique.

Mais l’essentiel n’est pas là. Fidèle à la tradition caravagesque, Jordaens a voulu donner à ses évangélistes des visages d’hommes « vrais ». Il a réalisé toute une série d’études à partir de personnages réels. Ainsi, le visage du personnage le plus à droite procède directement d’études expressives sur le vif dont le modèle est Abraham de Graef, commis de la guilde de Saint-Luc à Anvers. Ces visages réalistes, modelés en pleine lumière et dont chaque ride est traduite avec la plus grande précision sont de pures merveilles. Si l’on ajoute les caractéristiques habituelles des tableaux de Jordaens à cette époque, à savoir une composition puissante aux formes colossales vues par en-dessous, une lumière intense et pure qui découpe sculpturalement les volumes, une couleur qui s’étale en grandes nappes lisses de rouge et de brun, de noir et de blanc, on obtient une toile à la puissance expressive extraordinaire. On ne peut qu’être subjugués par ses quatre saints méditant avec ferveur la parole divine devant le Livre qu’ils ont chacun contribué à écrire.

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