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Duban - cour vitree ecole des beaux-arts

La magnifique cour du Palais des études de l’École des Beaux-arts n’a pas toujours été vitrée. L’architecte Félix Duban, né le 14 octobre 1797, il y a exactement 216 ans aujourd’hui, l’avait à l’origine conçue et construite comme une cour ouverte classique aux murs en calcaire monochrome.

Au début des années 1860, il décide de la couvrir d’une verrière, afin de permettre l’exposition dans cette cour, de moulages de statues et fragments de sculptures dont le Louvre s’apprête à se séparer et qui serviront de modèles aux étudiants de l’école. Il conçoit une verrière qui repose sur de minces colonnes de fonte creuses placées devant la façade de la cour. Pour dessiner ces colonnes, Duban s’est inspiré des fines colonnes qui apparaissent dans les fantaisies d’architecture découvertes à Pompéi. Pour le sol, l’architecte choisit un nouveau type de carrelage mis au point récemment, le «grès-cérame». Trois ans après l’achèvement de la cour, en 1870, il ajoute une proposition de polychromie monumentale. Cette polychromie s’inspire de celle des monuments antiques, qu’il a découverte lors de son séjour à Rome en 1823, après l’obtention de son Grand Prix. Sa mort, en pleine Commune, l’empêcha d’achever cette entreprise et c’est Georges-Ernest Coquart, son successeur dans la charge d’architecte de l’École, qui reprit le chantier et mit en œuvre cette polychromie entre 1872 et 1874. En 1874, les collections de moulages y furent installées, dominées par les spectaculaires copies du Parthénon et du temple de Jupiter Stator, et y restèrent jusqu’à leur transfert en 1970 dans les Grandes Écuries de Versailles.

La cour vitrée comme l’ensemble du Palais des études conçu par Duban relève d’un style architectural très en vogue sous Louis-Philippe et durant le Second Empire : l’éclectisme. L’éclectisme consiste à puiser dans les grandes périodes de l’art français et européen comme dans un vaste vivier de sources et de modèles pour construire un bâtiment qui soit à la fois beau et fonctionnel. Avec cette cour vitrée, Duban mélange des références au passé (colonnes et polychromie inspirée de Pompéi) et des éléments d’une grande modernité (charpente métallique, colonne en fonte  et grès cérame). Les adeptes de ce mouvement qui s’apparente au romantisme en architecture, s’opposent ainsi aux tenants du néo-classicisme qui considèrent que tous les bâtiments devraient être construits selon un style homogène qui surpasse tous les autres : l’art gréco-romain.

L’éclectisme a mauvaise réputation. Baudelaire le fustige avec vigueur. Pour lui, les éclectiques se dispersent vers des directions éparses et désordonnées, ce qui entraine l’épuisement de l’art. « Un éclectique  est un navire qui voudrait marcher avec quatre vents » dira-t-il. Pour moi, l’éclectisme a produit quelques chefs d’œuvre, comme cette cour vitrée ou à la même époque l’Opéra de Charles Garnier.

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