Étiquettes

, ,

Rembrandt - Bethsabee au bain

Rembrandt est mort le 4 octobre 1669, il y a 344 ans exactement aujourd’hui.

Sa Bethsabée au bain (1654, Louvre) est bien singulière au sein du corpus des Bethsabée habituellement représentées par les autres artistes. Je pense en particulier à celle de Rubens (Bethsabée à la fontaine, 1635, Dresde). Peindre Bethsabée au bain, c’est souvent pour un artiste, un prétexte pour exposer les appâts d’un corps féminin. La Bethsabée de Rubens est une femme aux formes généreuses et sensuelles. Coquette, elle est parée de bijoux, d’étoffes luxueuses. Sa servante lui peigne les cheveux. Elle semble se réjouir de sa rencontre prochaine avec le roi David.

Chez Rembrandt, l’impression générale du tableau est radicalement différente. Bethsabée est plongée dans une méditation profonde empreinte de tristesse et de résignation. Elle semble hantée par l’image de l’adultère qu’elle s’apprête à commettre. Détail hautement symbolique, sa servante ne lui peigne plus les cheveux (ce qui est un geste de coquetterie) mais lui lave les pieds (geste de purification).  Tout est mis en œuvre par Rembrandt pour accroitre l’intensité dramatique de la scène. La position de la tête de Bethsabée a été savamment réfléchie. La radiographie du tableau nous apprend, en effet, que Rembrandt l’avait tout d’abord peinte levée vers le ciel, choix bien moins judicieux que cette douce inclinaison. Une grande part du charme du tableau réside dans le choix de ce mouvement de la tête et dans l’expression du regard de Bethsabée qui se perd douloureusement dans le vide. La palette presque entièrement noire et blanche, sans aucune couleur et le puissant clair obscur participent également à l’atmosphère dramatique et mélancolique. Cet effet est encore renforcé aujourd’hui par le ternissement du vernis qui fait presque disparaître le second plan où l’on devine le somptueux vêtement dont Bethsabée s’est dévêtue.

Une fois passée cette première impression de très vive mélancolie, le spectateur est ensuite frappé par la tendresse infinie avec laquelle Rembrandt décrit ce corps féminin. Il peint sa Bethsabée d’après un modèle vivant, sa compagne Hendrickje Stoffels, dont on reconnaît aisément le visage.  L’épaisseur impressionnante de la matière picturale qui se superpose ici en d’innombrables couches, accroche la lumière pour mettre en valeur la beauté de ce corps chéri par le peintre. Malgré les signes de relâchement naissant de la chair, malgré ses imperfections, le corps de Bethsabée rayonne comme illuminé par un rayonnement intérieur. Ce corps n’a pas la splendeur presque intimidante de la Bethsabée de Rubens. Il n’en est pas moins attirant, d’une beauté émouvante et sans défense. L’alchimie du talent de l’artiste et de sa profonde empathie rend belle cette femme qui n’est pourtant pas jolie. Il n’est pas question ici de joliesse mais de beauté intérieure. Plus Rembrandt avance dans la vie, plus il est marqué par les épreuves personnelles,  plus ses œuvres révèlent le souci d’exprimer des qualités morales et spirituelles.

En 1635, lorsque Rubens peint sa Bethsabée au bain il a 58 ans. Sa vie matrimoniale est heureuse et sa vie professionnelle est couronnée de succès.  En 1654, lorsque Rembrandt peint sa Bethsabée, il a 48 ans. Sa première femme Saskia a mis au monde quatre enfants dont trois sont morts en bas-âge et elle est elle même est décédée. De plus, sa situation financière est très délicate. Il sera mis bientôt mis en faillite.

Publicités