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Raphael - La deposition

Scipione Caffarelli-Borghese est mort le 2 octobre 1633, il y a exactement 380 ans aujourd’hui. L’élection de Camille Borghese, son oncle maternel, comme pape sous le nom de Paul V en 1605, assura sa fortune. Son personnage est un exemple parfait de népotisme ! Aussitôt élu, son oncle le nomma cardinal, lui permit d’utiliser le nom et les armoiries des Borghèse et lui confia la gestion de la fortune de la papauté et celle de la famille Borghèse. Personnage sulfureux, il amassa une fortune considérable et réunit une merveilleuse collections d’œuvres d’art en utilisant souvent des moyens pour le moins discutables.

Pour illustrer ceci, j’ai choisi de vous parler de « La Déposition » peinte par Raphaël (1507, Rome, Galerie Borghèse) mais sachez qu’il existe bien d’autres œuvres dans sa collection toutes aussi belles et acquises par des moyens tout aussi contestables ! « La Déposition » fut commandée à Raphaël par Atalanta Baglioni, en mémoire de son fils Grifonetto, tué par un membre de sa propre famille dans le cadre de luttes intestines pour le contrôle de la ville de Pérouse. Le tableau fut placé dans une église da la ville, l’église de San Francesco et y resta pendant 101 ans. En 1608, il fut dérobé en pleine nuit et envoyé secrètement à Rome, sur ordre de Paul V. Ce dernier l’offrit à son neveu pour qu’il vienne enrichir la magnifique collection familiale. Afin de calmer la colère des habitants de la ville de Pérouse, la famille Borghèse offrit magnanimement une copie du tableau pour remplacer l’original dans l’église de la ville !

Ce tableau est peint par Raphaël alors qu’il n’a encore que 24 ans. Le jeune peintre séjourne alors à Florence et se mesure à ses illustres prédécesseurs florentins, Léonard de Vinci et Michel-Ange. Ainsi, le paysage dans lequel on aperçoit au loin le mont Golgotha s’inspire nettement de ceux de Léonard de Vinci, reprenant notamment l’idée du fameux sfumato qui noie les montagnes les plus lointaines dans la brume. Mais Raphaël se mesure avec encore plus d’audace à Michel-Ange. La position du corps du Christ reprend exactement celle du Christ de Pietà sculptée par Michel-Ange pour la basilique Saint-Pierre de Rome. De même, à droite, dans le groupe des trois saintes femmes qui retiennent le corps de la Vierge évanouie de douleur, le personnage assis, les bras levés, reprend la position de la Madone du Tondo Doni. Cette admiration du jeune Raphaël pour son ainé n’était pas très bien perçue par Michel-Ange qui s’en agaçait régulièrement. Ainsi, bien des années plus tard, en 1553, le vieux maitre fera écrire non sans ironie, à son biographe Ascanio Condivi, que « Raphaël « excellait dans l’imitation ».

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