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Mosquee de Cordoue

Abd el-Rahman 1er est mort à Cordoue le 30 septembre 788, il y a exactement 1225 ans aujourd’hui.

En 750, il a 20 ans lorsque sa famille, la dynastie omeyyade qui règne sur le monde islamique depuis près d’un siècle, est renversée et massacrée. Il réussit par miracle à échapper à la mort et s’enfuit jusqu’en Espagne. Il y établit un califat rival de celui des Abbassides qui a succédé à ses ancêtres et règne depuis Cordoue. Il fonde une civilisation, Al-Andalus, qui fut une des plus brillantes du monde médiéval. La grande mosquée de Cordoue, chef d’œuvre architectural, témoigne aujourd’hui encore de la splendeur de cette culture.

Elle a été construite à partir de 786 sur l’ordre d’Abd el-Rahman 1er. Elle comprend une cour carrée, la cour des orangers entourée d’un mur d’enceinte, sur laquelle s’ouvre la salle de prières de forme rectangulaire. Cette salle de prière, composée à l’époque d’Abd el Rahman de onze nefs, fut ensuite considérablement agrandie au IXe et Xe siècle par ses successeurs. Elle comporte aujourd’hui une forêt de 856 colonnes et couvre 12.000m2 ! Ces dimensions font d’elle la mosquée la plus grande du monde après celle de La Mecque.

Les architectes qui ont construit cette mosquée ont mis au point d’importantes innovations, mêlant traditions architecturales occidentales et islamiques. On sait qu’Abd el Rahman, restait très nostalgique de sa Syrie natale et qu’il tentait de recréer dans sa terre d’exil le faste de Damas. Cependant, il était également un esprit brillant et cultivé et admirait la culture et l’architecture de son pays d’accueil. Ainsi, il ordonna d’utiliser, pour construire la salle de prière, des colonnes en marbre bleu et rose provenant de ruines de palais antiques et wisigothiques. Ces colonnes sont magnifiques mais bien plus fines et petites que les colonnes syriennes et ne permettent donc pas d’élever la salle de prière autant qu’il serait nécessaire pour égaler le faste des mosquées orientales. Les architectes ont donc imaginé un ingénieux système de colonnade à deux étages d’arcs, un arc outrepassé au niveau inférieur, en plein cintre pour la partie supérieure. Ce système s’inspire peut-être des aqueducs romains comme celui de Mérida. L’arc supérieur devient un arc de décharge du toit et la superposition permet une salle de prière élevée et spacieuse et met en relief les magnifiques colonnes du niveau inférieur. La décoration très sobre repose essentiellement sur l’utilisation de claveaux bicolores (rouges et blancs) pour construire les arcs.

Après 1236, lorsque la ville de Cordoue fut reprise par les Chrétiens, ces derniers, sans doute admiratifs de la beauté de cette mosquée, ne la détruire pas mais la consacrèrent à leur culte. Au XVe siècle, une partie importante du centre de la salle de prière fut démolie pour y édifier une cathédrale. Celle-ci est littéralement «incrustée» dans la salle de prière, rompant les perspectives de la forêt de colonnes. Charles Quint, grand esthète, regretta à juste titre cette transformation : « Vous avez détruit ce que l’on ne voyait nulle part pour construire ce que l’on voit partout. »

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