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Degas - Danseuses bleues

Edgar Degas est mort le 27 septembre 1917, il y a exactement 96 ans aujourd’hui.

Surnommé « le peintre des danseuses », on estime qu’il a réalisé environ 1.500 pastels, peintures, gravures et dessins sur ce thème ! Pourtant parmi ces œuvres, très peu dépeignent les mouvements codifiés de la danse classique ou des représentations de spectacles. Degas leur préfère les gestes de délassement, l’attente dans les coulisses ou les répétitions dans le foyer.

On a souvent souligné « le réalisme » ou le « naturalisme » des danseuses de Degas. Ces dernières sont en effet de chair et de sang.  Elles ont froid, sont fatiguées, s’étirent, baillent, libèrent leurs pieds meurtris des chaussons…souvent plus qu’elles ne dansent. Degas montre avec justesse et subtilité la discipline rigoureuse, le travail parfois douloureux auquel s’astreignent les petits rats. Il rend parfaitement tous ces petits gestes qui échappent au public et que seuls peuvent observer ceux qui comme lui fréquentent assidument les coulisses et les répétitions. Ses danseuses sont très éloignées de l’élégance éthérée et figée des lithographies contemporaines représentant la ballerine vedette de l’époque, Marie Taglioni.

Cependant, les danseuses de Degas ne sont pas des repasseuses (voir Les repasseuses, 1884-1886, musée d’Orsay) et Degas n’est pas Zola. Il  faut se garder de cette interprétation restrictive du « réalisme » de Degas. Ainsi, il dira à Ambroise Vollard : « On m’appelle le peintre des danseuses, mais on ne comprend pas que la danseuse a été pour moi un prétexte à peindre de jolies étoffes et à rendre des mouvements ».  La dénonciation du décalage qui existe entre le luxe qui règne dans la salle de spectacle et la situation sociale souvent misérable des danseuses n’est pas l’enjeu véritable de l’œuvre de Degas qui cherche avant tout à traduire le coloris («les jolies étoffes») et le mouvement.

A ce titre, ce pastel intitulé Les danseuses bleues (vers 1893, musée d’Orsay) est très révélateur. Degas le réalise alors qu’il commence à être atteint de cécité. La faiblesse de sa vue ne lui permettant plus de réaliser des œuvres riches de détails comme ses premières toiles peintes à l’huile, il se concentre sur les effets de couleurs et de mouvements, s’orientant vers des recherches proche de l’abstraction. Dans l’ambiance vaporeuse et diffuse des coulisses, les quatre danseuses vêtues de tutus d’un bleu turquoise intense qui irradie tout l’espace du tableau semblent représenter une seule et même danseuse dans quatre postures différentes, répétant un mouvement avant son entrée en scène. Au second plan, on aperçoit deux tâches jaunes figurant sans doute des danseuses sur la scène.

« C’est très bien de copier ce qui se voit ; c’est beaucoup mieux de dessiner ce que l’on ne voit plus que dans sa mémoire (..). Vous ne reproduisez que ce qui vous a frappé, c’est-à-dire le nécessaire. Là, vos souvenirs et. votre fantaisie sont libérés de la tyrannie qu’exerce la nature » (Degas)

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