Mots-clefs

,

Gericault-Derby d Epsom

Avez-vous remarqué l’aspect complètement irréaliste du mouvement des chevaux dans ce tableau intitulé « Le Deby d’Epsom » (1821, Louvre) ? Plutôt surprenant de la part de Théodore Géricault qui était un grand connaisseur des chevaux…

Théodore Géricault est né le 26 septembre 1791, il y a 222 ans exactement aujourd’hui. On connait souvent cet artiste pour un seul de ses tableaux, Le Radeau de la Méduse. Pourtant, cette œuvre poignante et dramatique est atypique au sein de sa production. Géricault était avant tout un peintre de chevaux. Sa passion pour cet animal le conduit à faire l’apprentissage de son art dans l’atelier de Carle Vernet, un peintre également amateur de chevaux. Cependant, Géricault apporte d’emblée à ses études une acuité d’observation bien supérieure et une bien plus grande intensité de sentiment. Le cheval n’est pas pour lui un simple sujet décoratif, comme chez Vernet, mais le messager de ses méditations sur la passion, le travail, la souffrance, ou la mort. Artiste passionné et romantique, il s’identifie à cet animal élégant, fougueux et imprévisible auquel il voue une véritable passion. Géricault qui, comme tous les romantiques, avait une grande admiration pour Byron, a d’ailleurs peint une petite toile inspirée de Mazeppa, un poème où un jeune page, surpris en flagrant délit d’adultère est attaché sur le dos d’un cheval sauvage qui l’emporte dans les steppes sauvages, l’homme et son cheval ne faisant plus qu’un.

Comment, un artiste qui a tant aimé, étudié et peint les chevaux, peut-il représenter leur galop de façon aussi irréaliste ? Dans ce tableau, les chevaux semblent flotter dans les airs… Cela s’explique tout simplement par le fait que, même les plus grands connaisseurs comme Géricault, ignoraient au début du XIXe siècle le mouvement exact des jambes des chevaux lors qu’ils galopaient. Le mouvement était trop rapide pour être saisi et décomposé par l’œil humain. Des générations d’artistes ont ainsi dépeint le galop du cheval sous la forme d’un cheval à bascule, avec les deux membres antérieurs étendus vers l’avant, et les deux membres postérieurs allongés vers l’arrière. La découverte « scientifique » la décomposition du mouvement du galop n’interviendra que plus tard, à la fin des années 1870, grâce à la chronophotographie d’Eadweard Muybridge. Celui-ci réalise une célèbre série de clichés qui, mis bout à bout, permettent d’analyser les mouvements du cheval au trot, au galop et lorsqu’il saute. Nous savons dorénavant qu’un cheval au galop n’a jamais les quatre jambes tendues simultanément.

Publicités