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Cercueil de la dame Madja

Le cercueil de la dame Madja est presque trop beau pour être vrai. Ses scènes figurées aux dessins simples et faciles à lire, ses couleurs parfaitement conservées en font en quelque sorte l’exemple type du sarcophage égyptien. C’est pourtant un véritable cercueil, daté d’environ 1450 avant JC et conservé au musée du Louvre.

Taillé dans un tronc de sycomore peint en blanc, il reproduit la forme d’une momie enveloppée dans un linceul maintenu par des bandelettes de lin jaunes. Des formules d’offrandes peintes en hiéroglyphes noirs sur ces bandelettes garantissent à Madja «toutes choses bonnes et pures».

Le visage qui émerge du linceul n’est pas le portrait de la défunte mais un visage féminin anonyme et impassible. Il est encadré par une imposante perruque bleu et jaune et un magnifique collier plastron. Les couleurs imitant l’or, le lapis-lazuli et la cornaline permettent à Madja qui était d’origine modeste d’être parée comme une princesse pour son voyage vers l’au-delà. Un cercueil tout prêt lui a été attribué. Seul son nom, Madja, a été ajouté pour compléter les formules funéraires et personnaliser ainsi son sarcophage. Les scènes figurées évoquent les funérailles. Sur le couvercle, un chien noir couché sur un édicule est représenté quatre fois. Il s’agit d’Anubis, le dieu «seigneur des nécropoles» et patron des embaumeurs, protégeant le sarcophage de la défunte. Sur le côté droit (photo du haut), deux hommes tirent à l’aide d’une corde le cercueil en présence de deux pleureuses qui portent leur main, un geste qui pour les Egyptiens marque l’affliction. Sur le côté gauche de la cuve (photo du bas), deux hommes apportent nourriture et boissons à Madja, assise en présence de son époux. Derrière eux, se tient Osiris, reconnaissable à son corps momifié, tenant dans les mains croisées sur la poitrine, le sceptre Héka et le flabellum Nékhekh et le visage vert, couleur de la végétation et donc de la renaissance.

Enfin, près de la tête, de chaque côté de la cuve, sont dessinés un œil oudjat et une fausse porte. L’œil oudjat permet symboliquement à la défunte de voir ce qui se passe à l’extérieur du cercueil et la « fausse porte » permet à son âme, que les Egyptiens appelle le «Bâ», de quitter le corps, d’aller et venir dans le monde des vivants puis de réintégrer le corps.

Le soin apporté au cercueil et à la momification des corps en Egypte antique s’explique par la nécessité absolue de conserver le corps du défunt. La mort, pour les Egyptiens, représente le moment où le Bâ se sépare du corps. Pour que le mort accède à l’immortalité, il faut impérativement que le Bâ, au réveil de sa nouvelle vie, puisse réintégrer le corps et donc que ce dernier soit préservé.

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