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Mantegna-Le Christ mort

Andrea Mantegna est mort le 13 septembre 1506, il y a 507 ans aujourd’hui.

Son tableau intitulé Christ mort ou Lamentation sur le Christ mort (Milan, Pinacothèque de la Brera) ne laisse pas indifférent. « Mystérieux », « bouleversant », « macabre », sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent à la bouche de ceux qui l’observent.

La Déploration du Christ est un thème récurrent de l’iconographie chrétienne et de la peinture occidentale. Cet épisode de la Passion se situe entre la Descente de Croix et la Mise au tombeau. Le Christ, mort, le corps marqué par les stigmates de la Crucifixion est allongé. Un nombre variable de personnages comprenant le plus souvent la Vierge, saint Jean et sainte Marie-Madeleine sont rassemblés autour de sa dépouille et le pleurent.

L’originalité de ce tableau ne réside pas donc son thème mais dans sa composition. L’artiste choisit de dépeindre la scène depuis un point de vue totalement atypique et novateur, en se plaçant au niveau des pieds du Christ et en choisissant un  cadrage très resserré qui ne laisse apparaître que le Christ lui-même et une partie du visage de trois personnages qui le pleurent. Ce point de vue « photographique » est extrêmement surprenant à la fin du XVe siècle. On imagine facilement combien les contemporains de l’artiste ont pu être fascinés par ce raccourci perspectif tout à fait saisissant puisqu’il continue aujourd’hui encore à surprendre notre œil moderne pourtant habitué aux clichés photographiques. Ce cadrage et ce point de vue originaux, conjugués à une palette de couleurs très restreintes et froides permettent à Mantegna d’accentuer fortement le caractère dramatique de la scène. La perspective inhabituelle met en valeur les plaies du Christ sur les pieds énormes au premier plan mais aussi sur les mains et le flanc.

Le rendu très réaliste du corps et du visage du Christ contribue également au trouble que suscite ce tableau chez le spectateur. Le visage marqué par l’épreuve mais serein du Christ est très émouvant.

Mantegna choisit de susciter l’émotion en mettant l’accent sur l’humanité du Christ. Il abandonne les mises en scène pathétique courante à l’époque où les visages sont déformés par la douleur, la Vierge tombe en pamoison et le sang coule à flot des plaies du Christ, pour une composition sobre et resserrée. Tout cela n’est rendu possible que grâce à l’incroyable maitrise de la perspective et de l’anatomie à laquelle sont parvenus les artistes italiens à la fin du Quattrocento. Ce tableau est en quelque sorte un concentré de ces formidables progrès faits à cette époque en matière d’illusionnisme.

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