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David - Portrait de Lavoisier et sa femme

Antoine Lavoisier est né le 26 août 1743, il y a 270 ans aujourd’hui. Brillant scientifique, il est le fondateur de la chimie moderne.

Dans cet immense double portrait (1788, NY, Metropolitan Museum) qui mesure près de 2,60 m de haut sur 1,95 m de large, Jacques-Louis David le représente, en 1788, dans son bureau, en compagnie de son épouse, Marie-Anne Pierrette Paulze avec laquelle il forme un couple de riches intellectuels. En plus de ses activités de scientifique, Lavoisier détient en effet une charge de fermier-général qui lui assure de revenus très confortables. Son épouse est une femme intelligente et une collaboratrice précieuse. Elle lui apporte son aide en traduisant pour lui diverses publications anglaises ou en illustrant son Traité élémentaire de chimie.

En 1788, ils commandent ce portrait au peintre Jacques-Louis David qui est alors au sommet de son art. La composition du tableau est savamment étudiée pour mettre en avant la modernité, l’intelligence et la richesse du couple. David donne une solennité certaine à ce portrait en choisissant un format immense et une représentation en pied, ce qui est peu courant pour les portraits de particuliers au XVIIIe siècle. La tenue vestimentaire formelle choisie par les époux renforce encore ce parti-pris. En effet, il était plutôt d’usage pour les scientifiques et les artistes de se faire portraiturer en buste et en « déshabillé ».  L’habit noir de Lavoisier, le portrait en pied, la représentation du couple qui semble saisi dans son intimité s’inspirent sans doute des portraits de la noblesse et de la bonne société anglaise alors en vogue en Angleterre. David cherche également à traduire la modernité du couple et la grande complicité qui l’unit. La composition fait la part belle à madame Lavoisier qui apparaît au centre du tableau, un bras négligemment posé sur l’épaule de son mari. Elle regarde le spectateur d’un regard plein d’assurance et d’intelligence alors même que Lavoisier pose sur elle des yeux remplis de tendresse et de complicité. L’élégant velours rouge posé sur la table peu propice aux expériences chimiques, les pilastres néo-classiques qui ornent les murs sont une mise en scène destinée à souligner l’aisance matérielle et le rang social du couple Lavoisier.

Ce tableau est également une formidable nature morte. David traduit avec virtuosité les reflets et textures des instruments de chimiste posés sur la table. Le jeu de lumière sur la robe de Madame Lavoisier et le velours rouge de la nappe sont également admirables.

Si ce portrait révèle un artiste virtuose, il lève également un peu le voile sur la personnalité controversée de David. Lavoisier fut pour lui un bon client puisqu’il versa à l’artiste la somme astronomique de 7000 livres pour ce portrait mais David lui en fut fort peu reconnaissant. En effet, en tant que membre du comité de Sûreté générale, le peintre ne fit rien pour arracher Lavoisier à la mort lorsque ce dernier fut condamné, comme beaucoup d’autres fermiers généraux, à être guillotiné. Ayant demandé un sursis pour pouvoir achever une de ses expérience, Lavoisier s’entendit répondre par le président du tribunal révolutionnaire : « La République n’a pas besoin de savants ni de chimistes ». Il mourut guillotiné le 8 mai 1794…

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