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Caillebotte - Les raboteurs de parquet

Gustave Caillebotte est né le 19 août 1848, il y a 165 ans aujourd’hui.

Son tableau, Les raboteurs de parquet (1875, musée d’Orsay) est une œuvre importante dans l’histoire de la peinture française de la fin du XIXe siècle. En 1875, le jeune peintre a 26 ans lorsqu’il présente ce tableau au Salon mais l’œuvre est refusée. Son sujet, image réaliste et prosaïque d’un travail manuel effectué par de « petites gens » auxquelles nul ne s’intéresse habituellement, choque et indigne le jury. C’est ce refus qui décide le jeune peintre à se joindre aux groupes des impressionnistes et à présenter ce tableau à la seconde exposition impressionniste du groupe en 1876. Or, ce ralliement est déterminant pour l’histoire de l’impressionnisme. En effet, très fortuné, Caillebotte devient dès lors un important soutien financier pour les peintres de ce mouvement en leur achetant de nombreux tableaux à une période où ils vivent dans le plus grand dénuement, leurs œuvres étant violemment rejetées par les collectionneurs comme par le grand public.

Mais revenons à la réaction de rejet du jury du Salon de 1875 ? Pourquoi ce tableau choque-t-il les membres de ce jury pourtant habitués à cette date au réalisme des œuvres de Courbet ou de Manet et aux scènes de labeur quotidien des paysans de Millet ? La réponse est simple : ce tableau est une des premières représentations en peinture du prolétariat urbain. Si les peintres ont souvent représenté les paysans (Les glaneuses de Millet) ou les ouvriers du monde rural (Les casseurs de pierres de Courbet), les ouvriers des villes n’ont encore jamais fait l’objet de tableaux. Les glaneuses de Millet renvoie certes à une image banale de labeur quotidien mais comme la scène se déroule dans les campagnes, elle est assez éloignée de la réalité quotidienne des collectionneurs et amateurs d’art citadin pour être idéalisée par eux. Les raboteurs de parquet, bien au contraire, avec ses lambris dorés et les ferronneries de son balcon représente une scène qu’ils pouvaient très bien voir à l’œuvre en rentrant chez eux. Une image si banale qu’elle apparaît vulgaire… Même Zola, grande figure du réalisme, qui publie la même année L’assommoir, écrit au sujet de ce tableau « Monsieur Caillebotte a des raboteurs de parquets, c’est là de la peinture bien anti-artistique, une peinture propre, une glace, bourgeoise à force d’exactitude… »

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