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Coing, chou, melon et concombre - Sanchez Cotan

Juan Sánchez Cotán est né près de Tolède en Espagne, le 25 juin 1560, il y a 453 ans aujourd’hui.

La nature morte, comme genre à part entière, c’est-à-dire comme sujet unique d’un tableau, nait à l’extrême fin du XVIe siècle de façon quasi-simultané dans le Nord de l’Italie, les Pays-Bas et l’Espagne. Ceci s’explique sans doute par un goût croissant pour la représentation de la nature mais aussi par la redécouverte de l’Antiquité et la volonté de rivaliser avec certains peintres grecs mythiques comme Zeuxis qui peignit, selon la légende rapporté par Pline l’Ancien, un Enfant aux raisins dont la grappe de raisins était représentée de façon si illusionniste que même les oiseaux essayaient de la picorer!

Sànchez Còtan est l’auteur des premières natures mortes espagnoles qui ont été conservées. Durant les premières années du XVIIe siècle, il définit le genre du bodegon, ces natures mortes espagnoles graves et austères qui connaitront un véritable succès tout au long des XVIIe siècle et XVIIIe siècle avec Francisco Zurbaran, Luis Melendez… Les objets représentés (aliments, fruits, légumes, gibiers…) sont peu nombreux, disposés isolément sur un parapet de pierre  devant un fond noir. Sànchez Còtan confère monumentalité et dignité à ces objets modestes au moyen d’un fort éclairage latéral qui accentue les volumes et fait surgir ces objets de l’obscurité magnétique et profonde qui émane du fond noir. Ce qui frappe  au premier regard dans Coing, choux, melon et concombre (vers 1602, San Diego Museum of Art), c’est la virtuosité avec laquelle sont décrits chaque pépin du melon ou chaque repli de la feuille du chou. Mais ce qui est particulièrement remarquable et qui distingue ces natures mortes de leurs équivalents au Pays-Bas ou en Italie, c’est dépouillement et la géométrisation de la composition. Les fruits et légumes dont certains sont suspendus à un fil sont distribués selon une courbe hyperbolique parfaite. L’ombre du concombre dont l’extrémité dépasse du parapet dessine une pyramide dans le coin inférieur droit du tableau…

Ces natures mortes restent aujourd’hui encore énigmatiques. Pour certains spécialistes, elles seraient davantage que de simples trompe-l’œil et posséderaient une valeur spirituelle et mystique. Elles seraient une célébration des plus humbles créations divines. Cette interprétation est renforcée par un élément biographique : Sanchez Cotan a fermé son atelier de Tolède et s’est retiré dans un monastère chartreux  à Grenade quelques mois après avoir peint ce tableau…

 

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