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Le baiser - Vuillard

Ce tableau (1891, Philadelphia Museum of art) a longtemps été intitulé Autoportrait de l’artiste avec sa sœur ou Le baiser fraternel. Ceci s’explique sans doute par une certaine pudibonderie des Américains du début du XXe siècle qui n’imaginaient pas que Vuillard puisse embrasser quelqu’un d’autre que sa sœur. Pourtant, si l’homme à la barbe et à la chevelure rousses flamboyantes est sans aucun doute un autoportrait de l’artiste, il est peu probable que la jeune fille représentée de dos, soit sa sœur.

En 1891, lorsqu’est peint ce tableau, la sœur d’Edouard Vuillard, Marie, qui était son ainée de sept ans avait environ trente ans. Elle était donc bien plus âgée que la petite jeune fille représentée ici. De plus, comme l’attestent les photos de cette époque, la sœur de l’artiste qui avait commencé à perdre ses cheveux dès l’adolescence, se coiffait toujours avec un chignon placé au sommet de la tête afin d’essayer de camoufler ce défaut. Elle ne portait jamais ses cheveux nattés dans le dos comme la jeune fille du tableau. Enfin, l’artiste et sa sœur faisaient à peu près la même taille. Ici, Vuillard embrasse une très jeune fille, bien plus petite et plus jeune que lui. Il s’agit sans doute d’une des apprenties travaillant dans l’atelier de couture de sa mère que Vuillard a très souvent représentées à cette période. On retrouve par exemple la même jeune fille à la tresse dans Fillettes se promenant (1891, coll. privée) ou Le tiroir (1892, coll. privée) pour représenter les apprenties de sa mère.

Ce tableau est donc désormais baptisé Le baiser. Il appartient aux corpus des œuvres de jeunesse de Vuillard, période pendant laquelle il fréquente le cercle des jeunes artistes Nabis (Sérusier, Denis, Bonnard…). Sa manière est alors très influencée par les estampes japonaises qu’il collectionne et la peinture de Gauguin qu’il découvre en 1888 grâce à Paul Sérusier et à son Talisman (Musée d’Orsay). Son style très synthétique privilégie les larges aplats de couleurs mates aux valeurs rapprochées et grisées, des formes simples, une ligne décorative et abolit toute perspective. Dès le début de sa carrière, il privilégie un sujet entre tous : l’intérieur familial. D’abord, comme ici, l’atelier de couture maternel puis l’appartement de sa famille ou de ses amis, notamment celui des Natanson, rue saint-Florentin.

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