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La nef des fous - Jérôme Bosch

La nef des fous est un tableau peint par Jérôme Bosch vers 1490-1500, aujourd’hui dans les collections du musée du Louvre.

La folie dont il est question ici n’est pas d’ordre pathologique ou médical mais plutôt d’ordre moral ou religieux. Les tableaux de Jérôme Bosch sont trompeurs. Alors qu’en ce Moyen-âge finissant, la peinture est encore largement dominée par les sujets à thèmes religieux et bibliques, les toiles de Bosch semblent, au premier coup d’œil, représenter des scènes profanes. Pourtant, si on s’attarde à en examiner les détails, il apparaît très clairement qu’elles véhiculent un message d’ordre spirituel, un appel à une plus grande piété.

Au premier regard, la scène représentée ici ressemble à une scène de gloutonnerie et d’ivrognerie, une sorte de carnaval débridé. Un moine franciscain et une nonne qui joue du luth sont assis dans une barque, entourés d’une assemblée agitée. Le moine et la nonne ont la bouche ouverte,  ils semblent chanter et essayer de happer la crêpe suspendue à un cordon. Deux rameurs vêtus de chemises rouges conduisent la barque. L’un d’entre eux a, en guise de rame, une louche géante. L’autre, un verre en équilibre sur la tête, brandit au bout de sa rame une cruche cassée. Un homme se penche au-dessus de l’eau pour vomir. Une femme sans doute avinée frappe un homme avec une cruche. Le plus sage et le plus calme de cette folle assemblée est sans aucun doute le « vrai » fou que l’on reconnaît à son habit et à sa marotte, assis à l’arrière sur le gouvernail buvant calmement son verre de vin. Le mat du navire est transformé en mât de cocagne auquel est suspendu une dinde qu’un homme essaye d’atteindre avec un couteau. Tous s’adonnent aux plaisirs des sens sans se soucier du cours pris par leur embarcation qu’ils laissent aller au fil de l’eau.

Bosch ne peint pas ici une petite scène de carnaval mais une dénonciation grinçante de la société dans lequel il vit, marquée par la décadence de l’Eglise catholique qui sera dénoncée quelques années plus tard par Luther. Les fidèles ont l’impression que le clergé se soucie plus de son confort matériel que du salut de leurs âmes. Tous craignent que la barque n’arrive pas au port du Salut mais se brise sur les rochers du pays des fous. Bosch traduit les angoisses de son temps dans un langage très original et imagé qui rendent ses tableaux très intemporels. Ils pourraient, par exemple, très bien traduire nos angoisses d’hommes modernes face à l’exploitation intensive de la nature ou l’inégalité de la répartition des richesses dans le monde…

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