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Le Christ au lac de Tibériade- Tintoret

Jacopo Robusti, dit Le Tintoret, est mort le 31 mai 1594, il y a 419 ans aujourd’hui.

Son tableau Le Christ au lac de Tibériade (vers 1575-1580, Washington, National Gallery) illustre un passage de l’Evangile selon saint Jean. Les apôtres ont péché toute la nuit sur le lac de Tibériade mais n’ont rien pris dans leurs filets. A l’aube, le Christ ressuscité apparaît sur la rive et leur ordonne de jeter leur filet du côté droit de la barque. Ils ne le reconnaissent pas mais obéissent. Leur filet se remplit immédiatement de poissons. Alors Jean dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » et Pierre se jette à l’eau pour rejoindre le Christ.

Le Tintoret peint cet épisode biblique, comme l’ensemble de son œuvre, dans un style très personnel et original pour l’époque qui se caractérise par des compositions très dynamiques, des clair-obscur très marqués et un ton dramatique exacerbé. Pour mieux mettre en valeur ce style singulier, il est intéressant de comparer le tableau du Tintoret avec celui de Conrad Witz peint une centaine d’années plus tôt et représentant le même passage de l’Evangile (La pêche miraculeuse, 1444, Genève, musée d’art et d’histoire).

La pêche miraculeuse, Conrad Witz, 1444

La pêche miraculeuse, Conrad Witz, 1444

Leurs interprétations respectives s’opposent en tout point. Au style serein et mesuré de Witz répond celui emporté et dramatique du peintre vénitien. Saint Jean précise que la scène a lieu à l’aube au moment où le jour se lève. Alors que chez Witz, la lumière a définitivement repoussé la nuit, chez Tintoret, les ténèbres dominent encore et créent un effet de clair-obscur très prononcé. Le peintre Suisse situe la scène dans un cadre aisément identifiable, sans doute le premier « vrai » paysage de la peinture occidentale. On reconnaît le lac Léman, les maisons de Genève et les Alpes au loin ; décor rassurant par sa précision topographique. Chez le Tintoret au contraire, le lac est démonté et envahi par de hautes vagues, le ciel est rempli de nuages menaçants, le littoral zigzague comme l’éclair et le littoral au premier plan parait instable. Les formes sont brisées et les lignes obliques multipliées. Ainsi, le bras allongé du Christ qui semble attirer Pierre comme un aimant, crée une ligne dynamique entre le centre de l’image et le premier plan à gauche.

Le style de Tintoret était trop personnel et excessif pour qu’il influence durablement la peinture vénitienne et ne fasse école. Le seul peintre qui regarda avec attention son œuvre fut Le Greco lors de son séjour en Italie. Ce tableau lui fut d’ailleurs un temps attribué.

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