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La parisienne de Montmartre - Van Dongen

Kees van Dongen est mort le 28 mai 1968, il y a 45 ans aujourd’hui.

« Fauve », « anarchiste » et « mondain » sont les trois adjectifs qui qualifient sans doute le mieux ce peintre d’origine hollandaise installé à Paris en 1897. Rebelle et proche des milieux anarchistes, Van Dongen se fait écho au début de sa carrière de l’oppression sociale. Les marginaux, les laissés-pour-compte et en particulier les prostituées sont alors au centre de son œuvre, essentiellement des dessins et caricatures de presse. A partir de 1905, sa volonté d’indépendance et sa rébellion trouvent un moyen d’expression dans les couleurs violentes et animales. Il devient un des artificiers du fauvisme aux côtés de Matisse, Derain ou Vlaminck. Mais l’expérience fauve est de courte durée et à partir de 1907, la plupart des artistes assagissent leur palette. Pourtant Van Dongen persévère dans cette voie et réalise une série de portraits féminins aux violents contrastes colorées dont ce portrait intitulé La Parisienne de Montmartre (1907-1908, Le Havre, Musée d’art Moderne André Malraux) est un exemple.

La jeune femme se détache sur un fond sombre. Elle est vêtue d’une robe blanche à col rond, très simple et sage, qui contraste avec les couleurs fulgurantes des fleurs qui ornent son chapeau. Ce chapeau est sans doute un accessoire d’atelier de l’artiste car on le retrouve sur d’autres portraits de la même époque, notamment Femme au chapeau fleuri (1915-1918, collection particulière). De même, son visage aux nuances pâles contraste avec les touches de couleurs intenses qui mettent en valeur ses yeux et sa bouche et les ombres vertes de son menton et de son front, inspirées par les portraits fauves de Matisse. Ces contrastes violents insufflent à ce portrait une forte charge émotive, sensuelle, voire érotique. Loin d’être une midinette, sa Parisienne, incarne un mythe français : celui de la demi-mondaine. Il revendique une peinture grinçante et provocatrice, qui puise en partie dans le fonds des déviances de la société de la Belle Époque.

Pour terminer, je vous laisse méditer quelques citations de Kees Van Dongen qui éclairent la personnalité de l’artiste :

« Les bourgeoises sont sottes et insignifiantes, les nouveaux riches sont ennuyeux, mais les peintures faites d’après eux sont des chefs-d’œuvre. »

« Lorsqu’on s’est fait peindre par un peintre célèbre, il ne reste qu’une ressource : ressembler à son portrait. »

« Le secret de mon succès ? Peindre les femmes plus minces et leurs bijoux plus gros »

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