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Numbers in color - Johns

Jasper Johns, né le 15 mai 1930, fête aujourd’hui ses 83 ans.

Avec son ami l’artiste américain Robert Rauschenberg, il est un précurseur du mouvement pop art américain. Lorsqu’il commence à peindre, au milieu des années 1950 à New-York, l’expressionnisme abstrait représenté par Jackson Pollock ou Mark Rothko règne sans partage sur la peinture américaine. Jasper Johns, jugeant cette peinture trop élitiste, souhaite réintroduire la figuration et surtout réconcilier l’art avec la rue en représentant dans ses œuvres, des objets et des symboles de la vie quotidienne, les plus banals possible, identifiables par tous les Américains quelque soient leur éducation et leur culture. Ainsi, ses premières peintures représentent le drapeau américain, des cibles et des nombres.

Numbers in color (1958-1959, Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, N.Y) appartient à la très longue série d’œuvres dédiées aux chiffres de 0 à 9. Le choix du motif du nombre est ambigu. Il permet certes une peinture figurative (on notera le jeu de mot sur le mot «figure» qui, en anglais, signifie à la fois nombre et figure) mais il n’est qu’une représentation abstraite et conventionnelle. S’il apparaît comme universellement lisible, il ne véhicule aucun message, comme par exemple les célèbres boites de Campbell Soup avec lesquelles Warhol cherche à dénoncer la société de consommation en pleine expansion.

Le chiffre est ici un simple objet de peinture, brossé en larges touches. Johns s’efforce de se tenir à distance du mouvement Pop art, afin de préserver la singularité de son œuvre. Il peint « des choses que l’esprit connaît déjà » (comme le drapeau américain, la carte des Etats-Unis, les nombres) que l’on « voit » sans jamais les regarder vraiment, et force le spectateur à les examiner en détail. Ici, notre œil, regarde attentivement les chiffres pour essayer de déterminer une logique dans la façon dont ils sont peints, colorés et ordonnés. La suite des chiffres de 0 à 9 se répète douze fois. Une seule case est vide, la première. Mais n’y-a-t-il pas un chiffre caché dans cette première case bleue ? Les chiffres s’alignent en diagonales : diagonales de 1, 2, 3…dans un sens, diagonales de chiffres pairs et impairs dans l’autre sens.

Chaque chiffre est repris plusieurs fois à la peinture : le 5 de la première ligne est orange mais en dessous, on devine du bleu. La couleur est mélangée à l’encaustique (de la cire), ce qui lui donne ce merveilleux aspect épais et velouté. A cette époque, Johns peignait souvent sur du papier-journal encollé sur une toile. On en voit de temps en temps apparaître des morceaux entre deux coups de pinceau…

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