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Rue Jouvenet à Rouen - Gauguin

Paul Gauguin est mort le 8 mai 1903, il y a 110 ans aujourd’hui.

Ce tableau représente la rue Jouvenet à Rouen, ville dans laquelle le peintre s’installa avec sa famille pendant quelques mois en 1884, au début de sa carrière.

Pourquoi Gauguin quitta-t-il Paris pour Rouen ? Dès le début de sa vie, il ressent la nécessité de partir pour trouver ailleurs une vie meilleure. Ce premier départ est le premier d’une longue série dans la vie de l’artiste.  A la suite du crack financier de 1882, il abandonne son emploi d’agent de change qui lui permettait de gagner très largement sa vie pour se consacrer à sa nouvelle passion, la peinture. Il s’établit à Rouen, où il rejoint Camille Pissarro, un ami de son tuteur qui l’avait initié à l’impressionnisme.

La production de Gauguin à Rouen est très méconnue. Pendant son séjour qui dura 10 mois, il peint une quarantaine de toiles, essentiellement des vues de la ville et de ses alentours. Dans ce tableau, sans doute peint durant le printemps 1884, il représente fidèlement les petites maisons alignées de chaque côté de la rue, comme on peut toujours les voir aujourd’hui dans cette même rue.  Pour animer cette banale vue urbaine, il joue avec l’alternance des couleurs froides et chaudes qu’il utilise pour peindre les façades. La composition est construite autour de la rue qui descend puis remonte de nouveau à l’horizon. Le long de cette ligne, Gauguin a placé quelques personnages dont un soldat au pantalon rouge et un petit chien qui animent et ponctuent cette longue perspective.

A cette date, Gauguin recherche encore son propre style et tente d’effectuer une synthèse entre l’impressionnisme de Pissarro et la peinture synthétique de Cézanne.  Ce tableau, en particulier le ciel, est peint avec des coups de pinceau rapides et clairement visibles, à la manière des impressionnistes. Mais les contours sont soulignés avec des lignes noires, ce qui met en valeur les formes, à la manière de Cézanne. Cependant, l’originalité de ses peintures rouennaise tient surtout au fait qu’il se cantonne à des représentations de son quartier, assez rustique, ignorant entièrement la modernité et le centre-ville et ne peignant qu’exceptionnellement la Seine. Le Rouen de Gauguin est un village verdoyant et mystérieux, dont le relief est très marqué. Ce visage de la ville échappe entièrement à Monet et à Pissarro dans leurs représentations de cette même ville.

Ce tableau est entré dans les collections de Carmen Thyssen-Bornemisza en 1998 et est aujourd’hui dans les collections du musée qui porte son nom à Madrid.

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