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Saint Georges terrassant le dragon - Uccello

Aujourd’hui, 23 avril, nous fêtons la saint Georges. C’est donc l’occasion pour moi de vous parler du tableau Saint Georges et le dragon (1430-1435, Paris, musée Jacquemart-André) et de son étonnant auteur, Paolo Uccello. Quel peintre mystérieux en effet que ce « Paul l’Oiseau » !

Premier mystère : pourquoi ce patronyme étrange d’Uccello (l’oiseau) alors que son véritable nom est Paolo di Dono di Paolo ? Aucun historien de l’art n’est parvenu aujourd’hui à une explication satisfaisante à ce sujet.

Deuxième énigme : Uccello est-il au même titre que Masaccio, son contemporain, une des grandes figures de la première Renaissance italienne ou au contraire un artiste encore proche du « gothique international » et des usages médiévaux ? Les spécialistes se déchirent sur cette question, faisant d’Uccello un des artistes les plus discutés du Quattrocento.

Ainsi dans ce Saint Georges et le dragon, Uccello montre une conception très personnelle de la perspective. Le tableau est construit avec trois points de fuite, alors que la règle de base de la perspective est qu’il n’y en a qu’un. Pourtant, Giorgio Vasari, dans ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes (1550-1568) décrit Uccello comme un véritable fou de perspective qui passait ses nuits, au grand dam de sa femme à calculer et ajuster ses perspectives. Le Monument équestre de sir John Hawkwood qu’il peint pour le Duomo de Florence à la même époque que le tableau de Jacquemart-André montre d’ailleurs un très belle maitrise des effets de perspective.

De même, son cycle de trois tableaux illustrant La bataille de San Romano (Louvre, Office, National Gallery de Londres), également daté des mêmes années est loué pour la virtuosité avec laquelle le peintre traduit les raccourcis et le rendu de l’anatomie équine. Pourtant dans ce Saint Georges et le dragon, Uccello adopte un style délicieux et courtois proche de celui des imagiers médiévaux. Le monstre dressé sur ses deux pattes avec ses ailes en éventail et sa queue en tire-bouchon nous apparaît bien naïf, tout comme la princesse longiligne, les mains jointes en signe de prière dont le visage impassible ne laisse paraître aucune marque d’effroi…

C’est justement ce mélange de style et la personnalité multiforme de son auteur qui font tout le charme des œuvres de Paolo Uccello.

 

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