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Char d'Apollon - Redon

Odilon Redon est né le 22 avril 1840, il y a 173 ans aujourd’hui.

« Odilon Redon, prince du rêve ». Ainsi s’intitulait la magnifique exposition consacrée à cet artiste au Grand Palais en 2011. Redon est un artiste inclassable, à contre-courant de son époque. Alors que ses contemporains, les impressionnistes, choisissent de représenter la nature, la vie moderne, il délaisse ces représentations et leur préfère celle de l’imaginaire et du rêve. Ce qui passionne Redon, c’est avant tout le retrait vers le regard intérieur, vers le subconscient. Il n’est en aucun cas intéressé par les recherches des impressionnistes dont la peinture manque, à son sens, de dimension spirituelle.

Ainsi, dans les dernières années de sa vie, à partir de 1905, le thème du Char d’Apollon qu’il traite à de nombreuses reprises apparaît comme l’ultime expression de son art suggestif et symbolique. En 1878, Redon avait été émerveillé par le plafond de la galerie d’Apollon au Louvre où Delacroix met en scène le combat d’Apollon contre le serpent Python dont la mort permis de délivrer la ville de Delphes. Pour son Char d’Apollon (1905-1914, musée d’Orsay), Redon s’inspire de cette composition mais en la réinterprétant. Si les quatre chevaux sont bien visibles au centre du tableau comme dans l’œuvre de Delacroix, le char et le dieu grec méticuleusement décrits par le peintre romantique semblent absents de la toile de Redon. Redon, artiste « symboliste », aime représenter ce qu’il ne voit pas, ce qu’il ressent. Or, ce qui l’a émerveillé en voyant l’œuvre de Delacroix, c’est, écrira-t-il, « le triomphe de la lumière sur les ténèbres » et «la joie d’un sentiment meilleur après l’angoisse». C’est ce sentiment là qu’il a voulu retranscrire avec cette profusion de couleurs recouvrant le serpent noyé dans la brume.  Il écrit encore : « L’attribut de chaque dieu devient inutile, tant la couleur se charge de tout dire et d’exprimer juste ».

Avec sa série des Chars d’Apollon, Redon parvient à l’ultime phase de son art. Lors de la première partie de vie, la couleur est absente de son œuvre. Il crée alors ce qu’il appelle lui-même ses « Noirs » (fusains et lithigraphies) qui traduisent un monde de phantasmes angoissants. Puis, la couleur resurgit au tournant du siècle, exprimant une joie, un apaisement ainsi que « l’irradiation suprême de l’Esprit« . Elle semble associée à l’accession à un monde spirituel. L’élan du Char d’Apollon est presque vertical, et cette ascension vers la lumière correspond au cheminement personnel de l’artiste à la fin de sa vie.

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