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Escalier Opéra Paris

Pourquoi Charles Garnier, un jeune architecte âgé d’à peine trente-cinq ans et qui n’avait encore jamais rien construit, a-t-il remporté le concours lancé par Napoléon III en 1861 pour choisir l’architecte du nouvel opéra de Paris ? Il est déclaré vainqueur à l’unanimité par le jury présidé par le prince Walewski, alors que parmi les 171 candidats, se trouvent des architectes de très grande renommée, comme Viollet-Le-Duc, le grand favori du couple impérial.

Cette victoire s’explique sans doute par le fait qu’il s’est montré visionnaire. Mieux que quiconque, il a su saisir le véritable enjeu de cette salle de spectacle et synthétiser en un seul bâtiment la quintessence du « style Napoléon III »

Créé pour recevoir une société élégante, l’Opéra n’est pas seulement une « Académie de danse et de musique » mais aussi (surtout ?) un salon mondain. L’Empereur souhaite un cadre luxueux, digne du régime et de ses fêtes. Dans cette perspective, le projet architectural de Garnier accorde une grande importance aux espaces dévolus au public. C’est une conception nouvelle. Le spectacle ne se déroule pas seulement sur la scène mais également sur les marches du grand escalier du hall d’entrée qu’il est de bon ton de monter au bras de son épouse ou d’une demi-mondaine au milieu d’un public trié sur le volet. Tout autour des marches, les galeries s’ouvrent largement sur le vide central de l’escalier, offrant des balcons qui permettent d’observer l’évolution des spectateurs sur les marches. Théophile Gautier considère d’ailleurs cet édifice, avant même son achèvement, comme la future “cathédrale mondaine de la civilisation”.

D’autre part, l’architecture proposée par Garnier s’inspire de différentes tendances du passé, qu’il va réinterpréter en les associant. Ce mélange des genres, l’éclectisme, et l’ornementation exubérante vont devenir caractéristiques de l’art du second Empire. Ce style inédit, dont le caractère foisonnant semble confus alors qu’il est savamment pensé par Garnier, a donné lieu à un échange verbal demeuré célèbre. L’Impératrice, mécontente que son protégé, Viollet-le-Duc, n’ait pas été choisi, commente ainsi les plans : “Qu’est- ce que c’est que ce style-là ? … Ce n’est pas un style ! … Ce n’est ni du grec, ni du Louis XVI, pas même du Louis XV …!” et Charles Garnier de répondre “Non, ces styles-là ont fait leur temps… C’est du Napoléon III ! et vous vous plaignez !”.

 

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